15 minutes en équipe pour faire vivre les bonnes pratiques en EHPAD
Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :
Bonjour à toutes et à tous. Voilà, c'est la dernière séance de notre parcours. Et pour finir, on a gardé un mot. Un mot qu'on emploie tout le temps : la dignité. La dignité de la personne, des soins dignes, mourir dans la dignité. À force de le dire, on ne sait plus très bien ce qu'il veut dire. Or un philosophe du dix-huitième siècle, Emmanuel Kant, lui a donné un sens précis. Et ce sens, vieux de plus de deux siècles, éclaire encore exactement notre métier.
Première idée, la définition. Kant fait une distinction toute simple. Ce qui a un prix peut être remplacé par autre chose de valeur équivalente. Une chaise cassée, on en rachète une. Un téléphone perdu, on le remplace. Mais ce qui a une dignité n'a pas d'équivalent. Pas de remplacement possible. Chaque personne est unique et irremplaçable. Et Kant en tire une règle, peut-être la plus célèbre de toute la philosophie : traiter toujours l'humanité, en soi-même comme dans les autres, comme une fin, jamais seulement comme un moyen. Traduisons pour chez nous : un résident n'est jamais « une toilette à faire ». Jamais « une chambre à finir avant midi ». Jamais une ligne sur le planning. C'est quelqu'un, pour qui on fait une toilette. La nuance tient dans trois mots, et tout notre métier tient dans cette nuance.
Deuxième idée, et c'est la plus consolante : la dignité ne se perd pas. Elle ne dépend pas de ce qu'on fait, de ce qu'on produit, de ce qu'on contrôle. Elle ne se mérite pas, donc elle ne se démérite pas. La dame incontinente a exactement la même dignité que la directrice de l'établissement. Le monsieur qui ne reconnaît plus ses enfants n'a rien perdu de sa valeur d'être humain. Ni l'incontinence, ni l'oubli, ni la dépendance n'entament la dignité. En revanche, attention : ce qui peut être abîmé, c'est le sentiment de dignité. La personne peut se sentir diminuée, humiliée, rabaissée. Et ce sentiment-là dépend largement du regard et des gestes des autres. C'est-à-dire de nous. La dignité est indestructible ; le sentiment de dignité est entre nos mains. C'est une énorme responsabilité, et un énorme pouvoir. Et personne, dans la maison, ne détient ce pouvoir plus souvent que vous, qui touchez, lavez, habillez, nourrissez.
Troisième idée : la dignité se rend visible par des gestes concrets. La charte des droits et libertés de la personne accueillie, affichée dans nos couloirs, dit la même chose que Kant, en langage administratif : respect de la dignité, de l'intégrité, de la vie privée, de l'intimité. Concrètement, ça donne quoi ? Vouvoyer, sauf si la personne demande autre chose. Frapper avant d'entrer, et attendre une seconde. Couvrir le corps pendant la toilette, découvrir seulement ce qu'on lave. Expliquer avant de faire : « je vais lever votre bras », et pas un bras qu'on lève sans prévenir. Ne jamais parler d'une personne au-dessus de sa tête, avec la collègue, comme si elle n'était pas là. L'appeler par son nom, madame Roux, et pas « mamie », et pas « la 12 ». Aucun de ces gestes ne prend du temps. Tous disent la même chose : vous êtes quelqu'un.
Quatrième idée : pourquoi c'est si exigeant. Parce que la pression du quotidien pousse dans l'autre sens. Quand on est deux pour tout un étage, quand les sonnettes s'enchaînent, la tentation est de basculer en mode chaîne : des corps à laver, des bouches à nourrir, des chambres à faire. Personne n'est à l'abri, et personne n'est coupable d'être fatigué. Mais c'est précisément dans ces moments-là que les petits gestes de dignité comptent le plus. Le jour où tout déborde, dire quand même « bonjour madame Roux, c'est moi », c'est de la résistance. De la résistance professionnelle contre la machine. Et cette résistance-là se voit : les résidents la sentent, les familles la remarquent, les collègues s'y appuient.
Cinquième idée, pour conclure le parcours. Trente séances. Le projet personnalisé, la fin de vie, la bientraitance, les familles, les repas, la liberté d'aller et venir, la vulnérabilité. Trente séances pour dire, au fond, une seule chose : ce métier est un travail de dignité. Chaque toilette, chaque repas, chaque parole dans le couloir dit à quelqu'un qu'il compte ou qu'il ne compte pas. Les aides-soignantes, les agents de service, les aides médico-psychologiques font ce travail au plus près des personnes, à l'endroit exact où la dignité se joue. Personne d'autre que vous ne le fait d'aussi près. Soyez-en fiers.
Alors voilà la dernière question de ce parcours, et elle est toute simple. Quel petit geste, chez nous, dit le mieux à un résident : « vous êtes quelqu'un » ? Donnez des exemples vus, vécus, réels. Faisons-en notre collection commune.
C'est à vous.