Formation Terrain

15 minutes en équipe pour faire vivre les bonnes pratiques en EHPAD

← Toutes les séances

Séance 01 — Le projet personnalisé : qui le fait vivre ?

Source : HAS, note de cadrage « Structuration du Projet Personnalisé d'Accompagnement en vue de sa numérisation », avril 2025.

L'audio de la séance (4 min 29)
Télécharger le MP3 — utile si le réseau est faible dans l'unité.
La question de la séance :
Qu'est-ce qu'on sait d'un résident qui n'est écrit nulle part ?

Les 10 minutes, à l'essentiel

Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :

La trace : deux lignes dans le cahier de l'unité — date, thème, ce qu'on retient, qui transmet.  ·  Besoin d'un cadre plus détaillé ? Aide méthodologique

Lire le texte de l'audio

Bonjour à toutes et à tous. Prenez quinze minutes. Pas pour une réunion de plus. Pour parler de ce qui fait le cœur de votre métier : connaître les personnes que vous accompagnez.

Aujourd'hui, on parle du projet personnalisé. Le P P A : le projet personnalisé d'accompagnement. Vous en avez tous entendu parler. Mais la Haute Autorité de Santé vient de relancer le sujet, en avril 2025, et ce qu'elle dit mérite cinq minutes de votre attention.

D'abord, un rappel. Le projet personnalisé, ce n'est pas une invention de la direction. C'est un droit de la personne, inscrit dans la loi depuis 2002. Chaque résident a le droit de participer, directement, à la construction de son propre accompagnement. La loi dit bien : participer. Pas seulement signer un papier en bas de page.

Et la Haute Autorité insiste sur un point : le projet personnalisé, ce n'est pas un document. C'est une démarche. Une démarche de dialogue, où l'on part de ce que la personne souhaite, de son histoire, de ses habitudes, de ce qu'elle refuse aussi. Le document n'est que la trace de ce dialogue.

Deuxième idée, et c'est peut-être la plus importante : il ne faut pas confondre individualisé et personnalisé. Ça se ressemble, mais ce n'est pas pareil. Un exemple. Si chaque résident a son plan de soins, sa douche le mardi, son lever à huit heures, c'est individualisé : chacun a son planning. Mais si ces plannings se ressemblent tous, si tout le monde a la douche le mardi parce que c'est l'organisation qui le veut, alors rien n'est personnalisé. Personnalisé, ça veut dire : madame Martin se levait à dix heures toute sa vie, elle continue. Monsieur Durand prenait son café avant la toilette, pas après. C'est parti d'eux, pas de la machine. La nuance paraît petite. Dans la vie d'un résident, elle change tout : c'est la différence entre être pris en charge, et être chez soi.

Au passage, la Haute Autorité fait un constat qui ne surprendra personne : dans beaucoup d'établissements, le suivi du projet n'est pas vraiment fait. On rédige le projet, on le signe, on le range. Et il dort dans un classeur jusqu'à l'année suivante. Un projet qu'on ne relit jamais, qu'on ne met jamais à jour, ce n'est plus un projet. C'est une formalité. La personne, elle, continue de changer : ses envies bougent, ses capacités bougent, ses refus bougent. Le projet doit bouger avec elle.

Troisième point : le numérique arrive. La Haute Autorité prépare une recommandation pour que le projet personnalisé soit intégré dans le dossier informatisé de l'usager. Chez nous, c'est Netsoins. Il y a de vrais avantages : l'information est partagée, accessible à toute l'équipe, le suivi est plus facile, et un jour le projet pourra suivre la personne, même quand elle change d'établissement ou part à l'hôpital.

Mais la Haute Autorité nomme aussi un risque, et elle le dit avec des mots forts. Le risque majeur, c'est que l'outil vienne abîmer la relation. Qu'on se mette à cocher des cases au lieu d'écouter. Qu'un logiciel fabrique des projets standardisés, tous pareils, à partir de menus déroulants. Le numérique doit rester au service de la relation. Jamais l'inverse.

Et il y a une phrase, dans ce document, qui vous concerne directement. Des chercheuses interrogées par la Haute Autorité disent : il faut valoriser l'invisible. L'invisible, c'est quoi ? C'est tout ce que vous faites et qui ne rentre dans aucune case. Vous asseoir deux minutes auprès de quelqu'un d'angoissé. Savoir que madame Martin ne mangera pas si on ne lui parle pas de son chat d'abord. Remarquer que monsieur Durand ne met plus ses chaussures préférées, et se demander pourquoi. Ce temps-là n'est coché nulle part. Et pourtant, c'est exactement ça, la personnalisation.

Et c'est là que vous entrez en scène. Aide-soignante, agent de service, aide médico-psychologique : vous êtes les personnes qui passez le plus de temps auprès des résidents. Pendant la toilette, le repas, le ménage de la chambre, vous entendez des choses que personne d'autre n'entend. La dame qui vous raconte son ancien métier pendant que vous faites le lit. Le monsieur qui vous confie qu'il n'aime pas l'animation du jeudi mais qu'il n'ose pas le dire. Tout ça, c'est de la matière pour le projet personnalisé. Si ça reste dans votre tête, le projet reste un papier dans un classeur. Si ça remonte, le projet devient vivant.

Alors voilà la question qu'on va se poser ensemble, maintenant, pendant dix minutes. Pensez à un résident que vous connaissez bien. Qu'est-ce que vous savez de lui, de ce qu'il aime, de ce qu'il veut, de ce qu'il refuse, qui n'est écrit nulle part ?

C'est parti. À vous de parler.