15 minutes en équipe pour faire vivre les bonnes pratiques en EHPAD
Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :
Bonjour à toutes et à tous. Quinze minutes ensemble. Aujourd'hui, on parle d'une chose qui n'apparaît sur aucun planning, et qui fait pourtant toute la différence entre exister et vivre : la vie sociale de nos résidents. Il existe une recommandation de bonnes pratiques entièrement consacrée à ce sujet : la vie sociale des résidents en EHPAD. Voici ce qu'elle dit d'essentiel pour nous.
Première idée. Entrer en établissement, ce n'est pas quitter le monde. Avant d'arriver chez nous, chaque résident avait une vie : une famille, des amitiés, des voisins, parfois un animal, un café où il avait ses habitudes, une paroisse, un club de cartes. La recommandation le rappelle : l'entrée en établissement ne devrait pas signifier la perte de cette vie sociale. Et pourtant, c'est souvent ce qui se passe, en silence. On déménage les meubles, mais pas le réseau. Le voisin qui passait tous les jours ne sait pas s'il a le droit de venir. L'amie d'enfance n'ose plus téléphoner. Le chien est resté chez le fils. Notre travail, c'est aussi de garder ces fils-là vivants, ou de les renouer quand ils sont coupés.
Deuxième idée : la place des familles. La recommandation est claire : les proches sont des partenaires de l'accompagnement. Pas des visiteurs qu'on tolère, pas des gens qu'on surveille du coin de l'œil en attendant qu'ils partent. Des partenaires. Concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'une fille qui vient voir sa mère doit se sentir accueillie : un bonjour, un mot sur la journée de sa maman, un endroit où s'asseoir, la possibilité de partager un café ou un repas. Ça veut dire qu'on l'informe, qu'on lui répond, qu'on ne la regarde pas comme une gêne quand elle pose des questions. Une famille qui se sent la bienvenue revient plus souvent. Et un résident qui reçoit des visites va mieux. Tout le monde y gagne. Et quand une famille ne vient jamais, on ne juge pas : on cherche comment garder le lien autrement, un appel téléphonique, une photo envoyée, des nouvelles données régulièrement.
Troisième idée : la vie sociale à l'intérieur de la maison. On vit ensemble, mais personne n'a choisi ses voisins. La recommandation rappelle que les résidents ont le droit d'avoir des affinités. Le droit de préférer la compagnie de l'un. Et, disons-le franchement, le droit de ne pas s'entendre avec l'autre. C'est humain. Vous le voyez tous les jours en salle à manger : la place à table, c'est une affaire sérieuse. Être assis trois fois par jour, tous les jours, à côté de quelqu'un qu'on ne supporte pas, c'est une épreuve. Alors quand c'est possible, on laisse choisir. On favorise les relations choisies, pas seulement les relations subies. Et on accepte qu'une résidente préfère manger près de son amie plutôt qu'à la place qui arrange le service.
Quatrième idée : l'ouverture sur l'extérieur. Un établissement n'est pas une île. La recommandation encourage tout ce qui fait entrer la cité dans la maison, et la maison dans la cité : les enfants de l'école qui viennent chanter, les bénévoles, le marché du village, la sortie au salon de coiffure ou au cimetière à la Toussaint. Chaque fois que la porte s'ouvre, dans un sens ou dans l'autre, la maison respire. Et les résidents redeviennent ce qu'ils n'ont jamais cessé d'être : des habitants de la commune, pas seulement des occupants de chambre. L'ouverture, ce n'est pas réservé aux grandes occasions. C'est aussi le journal local qu'on lit à voix haute, les nouvelles du village qu'on apporte en passant. Pour une dame qui a vécu soixante ans dans la même commune, savoir ce qui se passe au bourg, c'est continuer d'être de quelque part.
Cinquième idée, et c'est la vôtre. La vie sociale ne se décrète pas dans un bureau. Elle se tisse par des micro-gestes, et ces gestes, ce sont les vôtres. Présenter deux résidentes qui viennent du même village et qui ne le savent pas. Remarquer que monsieur untel ne reçoit jamais de visite, et le dire en transmission. Glisser à l'animatrice que madame une telle adorait chanter. Pousser deux fauteuils l'un vers l'autre dans le couloir, au lieu de les laisser alignés face au mur. Aide-soignante, agent de service, aide médico-psychologique : vous êtes les artisans de cette trame invisible. Personne ne la voit, aucune fiche de poste ne la décrit. Et pourtant, c'est l'un des plus beaux morceaux du métier : faire qu'un lieu de soins reste un lieu de vie, avec des liens, des préférences, des conversations, des rires.
Alors voilà la question pour nos dix minutes. Pensez à un résident isolé, quelqu'un qui ne reçoit presque personne. Qu'est-ce qui existe encore autour de lui : une famille éloignée, un ancien voisin, une paroisse, un club, une connaissance du village ? Et qu'est-ce qu'on pourrait réactiver, nous, concrètement, dès cette semaine ?
C'est à vous.