15 minutes en équipe pour faire vivre les bonnes pratiques en EHPAD
Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :
Bonjour à toutes et à tous. Quinze minutes ensemble. Aujourd'hui, on parle de la vie quotidienne : les levers, les repas, les chambres. Le deuxième volet de la recommandation sur la qualité de vie en EHPAD porte exactement là-dessus : l'organisation du cadre de vie et de la vie de tous les jours. Et il commence par une phrase qui renverse tout.
Première idée, la voici : l'établissement est d'abord le domicile des résidents. Leur domicile. Ce qui veut dire, et il faut se le redire souvent : nous travaillons chez eux. Pas l'inverse. Ce n'est pas eux qui vivent sur notre lieu de travail, c'est nous qui travaillons sur leur lieu de vie. Ça paraît être un jeu de mots. Ça ne l'est pas. Chez soi, on décide de l'heure de son café. Chez soi, personne n'entre sans y être invité. Chez soi, on range ses affaires comme on veut. Toute la question de cette séance, c'est : qu'est-ce qui, dans nos journées, traite vraiment l'établissement comme leur maison ?
Deuxième idée : les rythmes individuels. Le lever, le coucher, la sieste. La recommandation invite à se poser une question dérangeante : nos horaires, ils sont dictés par qui ? Par les personnes, ou par l'organisation ? Madame s'est levée à neuf heures et demie toute sa vie. Si on la lève à sept heures parce que c'est le tour de son couloir, c'est l'organisation qui a gagné. Monsieur a toujours fait la sieste après le déjeuner. Si on l'installe au salon parce que c'est plus simple pour la surveillance, pareil. Bien sûr, on ne peut pas tout individualiser tout de suite, il y a des contraintes réelles. Mais la recommandation demande au moins ceci : questionner. Ne pas considérer l'horaire comme une loi naturelle. Chaque fois qu'on peut suivre le rythme de la personne plutôt que celui du planning, c'est un morceau de chez-soi qu'on lui rend.
Troisième idée : les repas. Pour beaucoup de résidents, c'est le moment le plus important de la journée. Celui qu'on attend, celui qui structure le temps. Alors il mérite mieux qu'une distribution. Le plaisir : un plat qui a du goût, présenté correctement, même quand il est mixé. Le choix : pouvoir dire non, pouvoir avoir autre chose, choisir sa place à table, avec des voisins qu'on apprécie. Le temps : un repas, ce n'est pas une course. Quelqu'un qui mange lentement a le droit de finir. L'ambiance : une salle à manger calme, où le personnel parle aux résidents et pas seulement entre collègues par-dessus les têtes. Servir un repas, vu comme ça, ce n'est pas une tâche. C'est un des actes les plus importants de la journée. Demandez-vous simplement : ce repas, est-ce que je voudrais le vivre, à cette place, à ce rythme, dans ce bruit ? La réponse dit beaucoup de choses.
Quatrième idée : l'intimité. La chambre est un espace privé. On frappe, et on attend la réponse, vraiment. On respecte ce qui s'y trouve : les objets, qu'on ne déplace pas sans demander, le courrier, qu'on ne lit pas, l'armoire, qu'on n'ouvre pas comme si elle était à nous. Faire le ménage chez quelqu'un, ce n'est pas pareil que nettoyer une pièce : les agents de service le savent mieux que personne. Le cadre photo qu'on remet exactement à sa place, c'est du respect, autant qu'un soin bien fait. Et puis il y a la pudeur pendant les soins : la porte fermée, le corps découvert seulement le temps nécessaire, les gestes annoncés. Se faire aider pour la toilette à quatre-vingt-dix ans, quand on a été pudique toute sa vie, c'est une épreuve. La discrétion du professionnel, c'est ce qui rend cette épreuve vivable.
Cinquième idée : la liberté d'aller et venir, et les petites choses. Circuler dans la maison, sortir dans le jardin, recevoir qui on veut. Et puis tout ce qui fait un chez-soi : ses meubles, ses photos sur la commode, son fauteuil à elle, ses habitudes de café, le sucre et demi de monsieur, la tasse en porcelaine de madame, pas le gobelet. Aucun de ces détails ne figure dans une fiche de poste. Et pourtant, c'est la somme de ces détails qui fait qu'on habite quelque part, au lieu d'y être placé. Aides-soignantes, agents de service, aides médico-psychologiques : ces détails-là sont entre vos mains, des dizaines de fois par jour. C'est vous qui faites de cet établissement une maison. Ou pas.
Alors voilà la question pour nos dix minutes. Elle est franche : qu'est-ce qui, dans une journée type chez nous, ressemble encore trop à l'hôpital, et pas assez à une maison ? Et par quoi on pourrait commencer ?
C'est à vous.