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15 minutes en équipe pour faire vivre les bonnes pratiques en EHPAD

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Séance 15 — La souffrance psychique : vieillir ne rend pas triste

Source : Anesm (devenue HAS), RBPP « Prise en compte de la souffrance psychique de la personne âgée : prévention, repérage, accompagnement », 2014.

L'audio de la séance (4 min 41)
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La question de la séance :
À quoi reconnaît-on, chez nous, qu'un résident ne va pas moralement ? Et qu'est-ce qu'on en fait ?

Les 10 minutes, à l'essentiel

Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :

La trace : deux lignes dans le cahier de l'unité — date, thème, ce qu'on retient, qui transmet.  ·  Besoin d'un cadre plus détaillé ? Aide méthodologique

Lire le texte de l'audio

Bonjour à toutes et à tous. Quinze minutes ensemble. Aujourd'hui, on s'attaque à une idée reçue qui fait des dégâts silencieux : l'idée qu'être vieux, c'est forcément être triste. Il existe une recommandation de bonnes pratiques consacrée à la souffrance psychique de la personne âgée : comment la prévenir, la repérer, l'accompagner. Voici ce qu'elle dit d'essentiel pour nous.

Première idée, et c'est la fondation de tout le reste : vieillir ne rend pas naturellement triste. Oui, la vieillesse apporte des pertes : le conjoint, la maison, l'autonomie, parfois le sens. Et la tristesse devant une perte, c'est normal, c'est humain. Mais une tristesse qui s'installe, qui éteint tout, qui ne lâche plus, ce n'est plus du chagrin : c'est peut-être une dépression. Et la dépression du sujet âgé est une maladie. Une maladie fréquente, et largement sous-repérée, justement parce que tout le monde se dit que c'est normal à cet âge. Non. Ce n'est pas une fatalité du grand âge. C'est une maladie qui se repère et qui se soigne. Comme une fracture : personne ne dirait qu'une jambe cassée, c'est normal à quatre-vingt-dix ans.

Deuxième idée : les signes qui doivent alerter. Chez la personne âgée, la souffrance psychique ne dit pas toujours je suis déprimé. Elle parle autrement. Le repli : madame ne descend plus, ne participe plus, reste dans sa chambre. La perte d'appétit qui dure. Les plaintes du corps répétées : le dos, le ventre, la tête, alors que les examens ne trouvent rien. Une irritabilité nouvelle chez quelqu'un de doux. La négligence de soi : la coiffure abandonnée, la toilette refusée, les vêtements au hasard chez une dame toujours soignée. Le fameux laissez-moi tranquille qui revient. Et surtout, la perte du plaisir : les choses qu'elle aimait, la visite des petits-enfants, le dessert préféré, ne lui font plus rien. Un seul signe ne dit rien. Plusieurs signes qui s'installent, ça doit alerter. Et méfiez-vous d'un piège particulier : la personne souriante en public, et effondrée seule dans sa chambre. C'est pendant les moments intimes, la toilette, le coucher, que le masque tombe. Encore une fois, c'est vous qui êtes là.

Troisième idée, la plus grave, alors disons-la clairement : les idées noires et le suicide. D'abord, cassons une peur : parler des idées noires avec quelqu'un n'induit pas le passage à l'acte. Au contraire, pouvoir en parler soulage. Ensuite, une règle absolue : une phrase comme je ferais mieux de partir, je suis un poids pour tout le monde, à quoi bon continuer, se prend toujours au sérieux et se transmet toujours. Toujours. Même dite avec le sourire, même entendue cent fois. Ce n'est pas à vous de juger si c'est sérieux : c'est à vous de la faire remonter. Et sachez-le : les personnes âgées comptent parmi les plus touchées par le suicide. Ce risque-là existe aussi derrière nos portes de chambres.

Quatrième idée : ce que le terrain peut faire, c'est-à-dire vous. D'abord, ne jamais banaliser. La phrase c'est normal à votre âge est interdite : elle ferme la porte au nez de quelqu'un qui tendait peut-être la main. Ensuite, écouter. Pas résoudre, pas consoler à tout prix : écouter, pendant la toilette, pendant le ménage, ces moments où la parole sort parce qu'on est occupé à autre chose. Un exemple. Pendant le ménage, madame vous dit : à quoi ça sert que je sois encore là. Ne fuyez pas, ne changez pas de sujet trop vite. Restez une minute, écoutez, dites-lui que vous l'avez entendue. Et ensuite, transmettez, le jour même. Puis signaler : ce que vous entendez et voyez doit remonter à l'infirmière, au cadre, au psychologue. Et enfin, maintenir ce qui fait du bien : le rôle qui donne de l'utilité, madame qui plie les serviettes, monsieur qui arrose les plantes ; l'activité qui donne du plaisir ; le lien qui rappelle qu'on existe pour quelqu'un. Tout ça, c'est de la prévention, et c'est vous qui la faites.

Cinquième idée, pour finir sur l'espoir : la souffrance psychique se soigne, à tout âge. Le psychologue, le médecin, parfois un traitement, souvent une équipe qui s'organise autour de la personne. Mais toute cette chaîne de soin commence par un premier maillon : quelqu'un qui remarque. Et ce quelqu'un, le plus souvent, dans une journée ordinaire, c'est une aide-soignante, un agent de service, une aide médico-psychologique. Votre regard du quotidien, c'est le point de départ de tout. Sans vous, la souffrance reste invisible.

Alors voilà la question pour nos dix minutes. Elle est double. D'abord : à quoi reconnaît-on, chez nous, concrètement, qu'un résident ne va pas moralement ? Quels signes avez-vous déjà repérés ? Ensuite : qu'est-ce qu'on en fait ? Où est-ce que ça se dit, à qui, et est-ce que ça aboutit ?

C'est à vous.