15 minutes en équipe pour faire vivre les bonnes pratiques en EHPAD
Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :
Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui, quinze minutes pour parler d'une liberté qu'on ne remarque plus tant qu'on l'a : celle d'aller et venir. Se lever quand on veut, marcher, sortir dans le jardin, aller voir ce qui se passe au bout du couloir. Pour nous, c'est rien. Pour un résident, c'est parfois tout ce qui reste de sa vie d'avant. Et c'est une liberté qui se perd par petits bouts, sans que personne ne l'ait jamais vraiment décidé.
Première idée : aller et venir librement est une liberté fondamentale. Elle est inscrite dans la charte des droits et libertés de la personne accueillie, celle qui est affichée dans nos établissements. Et cette liberté ne s'arrête pas à la porte de l'établissement. Entrer en EHPAD, ce n'est pas entrer en détention. La restreindre, fermer une porte, installer une barrière, retenir quelqu'un qui veut sortir : ce n'est jamais anodin. Parfois c'est nécessaire, oui. Mais ça doit rester une exception qu'on interroge, jamais une habitude qu'on ne voit plus.
Deuxième idée : la sécurité ne justifie pas tout. On restreint presque toujours pour de bonnes raisons : la peur de la chute, la peur de la fugue, la peur de l'accident. Mais le risque zéro n'existe pas. Et l'enfermement a un coût, invisible celui-là. Une personne qui ne marche plus perd ses muscles en quelques semaines. Elle perd l'équilibre, perd l'envie, glisse vers la dépression, perd le goût de vivre. Retenez cette idée simple : une personne qui marche tombe parfois. Une personne qu'on empêche de marcher décline toujours. En voulant éviter le risque visible, la chute, on installe un risque invisible, le déclin. Et celui-là, personne ne remplit de fiche pour le signaler. Pensez à la dame qui faisait le tour du jardin chaque matin. Le jour où on le lui déconseille, par précaution, son monde rétrécit d'un coup : plus de jardin, puis plus de couloir, puis plus que le fauteuil du salon. Six mois plus tard, on s'étonne qu'elle ne se lève plus.
Troisième idée : la contention est un dernier recours. Et la contention, ce n'est pas seulement attacher quelqu'un. C'est aussi les barrières de lit qu'il ne peut pas enjamber. Le fauteuil avec la tablette dont on ne peut pas se lever. La porte fermée à clé. Et même le médicament qui assomme, donné pour avoir la paix. Toutes ces formes-là obéissent à la même règle : dernier recours, sur prescription, limitée dans le temps, réévaluée régulièrement. Jamais pour le confort de l'organisation. Jamais parce que c'est plus simple comme ça. Une contention qu'on ne réévalue pas, c'est une privation de liberté qui s'installe en silence. Et posons-nous chaque fois la question simple : cette barrière, ce fauteuil, cette porte fermée, ça protège qui, exactement ? La personne, ou notre tranquillité ?
Quatrième idée : chercher les alternatives d'abord. Avant de restreindre, on se demande ce qu'on peut faire d'autre. Accompagner la personne dans sa marche plutôt que l'en empêcher. Aménager les lieux : un couloir dégagé, un jardin sécurisé où l'on peut circuler sans danger, de bonnes chaussures, un bon éclairage. Occuper : quelqu'un qui a quelque chose à faire, quelque chose à vivre, cherche moins à partir. Et surtout, comprendre. Quand une personne veut sortir, elle cherche quoi ? Elle fuit quoi ? Le monsieur qui veut rentrer chez lui tous les soirs à la même heure cherche peut-être ce moment où, toute sa vie, il rentrait du travail. La dame qui marche sans arrêt fuit peut-être le bruit du salon. Là encore, vous, AS, ASH, AMP, vous êtes les mieux placés pour le savoir, parce que vous connaissez les habitudes et les histoires de chacun.
Cinquième idée : la chute n'est pas une faute professionnelle. Il faut se le dire clairement, parce que c'est la peur de la faute qui fait fermer les portes et remonter les barrières. Une équipe qui laisse vivre prend des risques mesurés. C'est un choix professionnel, et c'est un choix qui se décide ensemble : en équipe, avec le médecin, avec la famille informée. Quand le risque est discuté, partagé, écrit dans le projet de la personne, plus personne n'est seul à le porter. Ce qui abîme la liberté des résidents, ce n'est presque jamais la méchanceté. C'est la peur de chacun, multipliée par le silence. Et contre ça, le remède existe : en parler, et décider ensemble.
Alors voilà la question pour nos dix minutes. Pensez aux résidents de l'unité, un par un. Pour lequel d'entre eux la peur de la chute a-t-elle réduit la liberté, petit à petit, sans qu'on l'ait vraiment décidé ? Et est-ce qu'on peut, ensemble, lui en redonner un morceau ?
C'est à vous.