15 minutes en équipe pour faire vivre les bonnes pratiques en EHPAD
Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :
Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui, quinze minutes pour parler d'un sujet qui fait sourire, qui gêne, et dont on parle surtout à la pause, sur le ton de la plaisanterie : la vie intime, affective et sexuelle des personnes que nous accompagnons. La Haute Autorité de Santé vient d'y consacrer une recommandation entière, en 2025. Si elle l'a fait, c'est que le sujet est sérieux. Alors prenons-le au sérieux cinq minutes. Pas pour juger qui que ce soit : pour regarder nos habitudes en face.
Première idée : le besoin d'aimer et d'être aimé ne prend pas sa retraite. Il ne disparaît ni avec l'âge, ni avec le handicap, ni avec l'entrée en établissement. Le besoin de tendresse, de contact, d'avoir quelqu'un pour qui on compte : ça fait partie de la vie humaine, jusqu'au bout. La Haute Autorité de Santé en a fait une recommandation à part entière. Ce n'est donc ni un détail, ni un caprice : c'est une dimension de l'accompagnement, au même titre que les soins ou les repas. Et ça ne concerne pas que les couples. C'est aussi la main qu'on tient, le compliment qui fait du bien, le soin qu'on apporte à sa coiffure avant une visite, le besoin de plaire, tout simplement. Tout ça, c'est de la vie affective. Et ça continue chez nous.
Deuxième idée : nos gênes ne font pas loi. On a tous nos pudeurs, notre éducation, nos convictions. C'est normal, et personne ne demande de les abandonner. Mais notre gêne personnelle ne doit jamais décider à la place des résidents. Le sourire en coin quand deux résidents se tiennent la main dans le couloir. Les commentaires entre collègues à la pause. Le ton qu'on prend pour dire « alors, les amoureux ! », comme on parle à des enfants. Tout ça paraît gentil, anodin. Et tout ça abîme un droit. Une dame de quatre-vingt-dix ans qui a un ami, c'est une femme qui a une relation. Pas un spectacle attendrissant. La vie affective des résidents mérite le même sérieux que leur santé. Un bon test : est-ce que je parlerais sur ce ton de la relation de ma mère, ou de ma sœur ?
Troisième idée : le consentement au cœur. Entre deux adultes qui consentent, la relation est leur affaire. Pas la nôtre, et pas celle des familles non plus. Notre rôle n'est ni d'encourager, ni d'empêcher : c'est de respecter. La vigilance, la vraie, commence quand la vulnérabilité ou les troubles cognitifs posent la question du consentement. Est-ce que cette personne comprend ce qui se passe ? Est-ce qu'elle est libre de dire non ? Ces situations existent, et elles sont délicates. Mais ce n'est jamais à un professionnel seul de trancher, dans le couloir, selon son sentiment du moment. C'est une réflexion d'équipe, posée, avec le médecin, la psychologue, l'encadrement. Une réflexion d'équipe, pas un verdict personnel.
Quatrième idée : la pudeur dans les soins. Parce que l'intimité, ce n'est pas que la sexualité. C'est d'abord le corps. Et dans nos métiers, on entre dans l'intimité des gens des dizaines de fois par jour. Un corps dénudé pendant une toilette, c'est une situation d'intimité imposée : la personne n'a pas choisi de se montrer nue devant nous. Alors les gestes qui protègent comptent énormément. Couvrir ce qui n'a pas besoin d'être découvert, et découvrir au fur et à mesure. Expliquer ce qu'on va faire avant de le faire. Fermer la porte, tirer le rideau, frapper avant d'entrer, toujours. Demander avant de toucher. Ce sont des petits gestes. Mis bout à bout, c'est ce qui fait qu'une toilette reste un soin, et ne devient pas une épreuve. Et ces gestes-là, ce sont les vôtres : c'est vous qui protégez, ou pas, la pudeur des résidents, chaque matin.
Cinquième idée : en parler en équipe, sans moquerie et sans tabou. Ces situations ont besoin d'être parlées. Un résident qui fait des avances à une professionnelle. Deux résidents qui se rapprochent. Une famille qui s'en mêle. Le tabou laisse chacun seul avec sa gêne, et les situations pourrissent. La moquerie, elle, transforme la vie privée des résidents en histoire drôle. Entre les deux, il y a la parole professionnelle. Un bon repère, simple : ce qui se dit en transmission sur la vie intime d'un résident devrait pouvoir être entendu par lui sans honte pour personne. Ni pour lui, ni pour nous. Si on n'oserait pas le dire devant lui, c'est que ce n'est pas dit comme il faut.
Alors voilà la question pour nos dix minutes. Regardons nos pratiques, honnêtement, sans nous accuser. Qu'est-ce qui, chez nous, protège la pudeur et l'intimité des résidents ? Et qu'est-ce qui les oublie ?
C'est à vous.