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15 minutes en équipe pour faire vivre les bonnes pratiques en EHPAD

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Séance 27 — Vieillir dans la cité : le regard dérangeant du Comité d'éthique

Source : Comité consultatif national d'éthique, avis n°128 « Enjeux éthiques du vieillissement », 2018 — corpus éthique.

L'audio de la séance (4 min 18)
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La question de la séance :
Si l'EHPAD était un quartier de la ville plutôt qu'un monde à part, qu'est-ce qui changerait dans nos journées ?

Les 10 minutes, à l'essentiel

Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :

La trace : deux lignes dans le cahier de l'unité — date, thème, ce qu'on retient, qui transmet.  ·  Besoin d'un cadre plus détaillé ? Aide méthodologique

Lire le texte de l'audio

Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui, on quitte un instant les recommandations de bonnes pratiques pour un texte d'éthique. En 2018, le Comité consultatif national d'éthique, l'instance qui réfléchit pour toute la France aux grandes questions du soin et de la vie, a publié un avis sur le vieillissement. Et cet avis dérange. Tant mieux : il est fait pour ça.

Première idée, la question qui fâche. Le Comité demande, en gros : notre société met-elle ses vieux à l'écart ? Il décrit une concentration des personnes âgées entre elles, dans des lieux séparés, hors de la vie sociale ordinaire. Et il invite à questionner ce modèle. Attention, ce n'est pas une attaque contre les établissements ni contre ceux qui y travaillent. C'est une question posée à toute la société : pourquoi les personnes âgées vivent-elles si souvent entre elles, loin des écoles, des commerces, des familles ? Nous, qui travaillons dedans, nous sommes bien placés pour entendre cette question sans nous vexer, et pour y répondre par nos pratiques. Parce que la réponse ne viendra pas seulement des lois ou des budgets : elle viendra aussi de mille gestes quotidiens, et ces gestes sont les nôtres.

Deuxième idée : l'entrée en institution n'est pas toujours vraiment consentie. On le sait, on le voit. La décision se prend souvent dans l'urgence : une chute, une hospitalisation, une famille épuisée, et trois semaines plus tard la personne est chez nous, avec deux valises et une vie entière laissée derrière. A-t-elle vraiment choisi ? Le Comité demande de redonner du poids à la volonté des personnes. À notre niveau, ça veut dire : ne jamais faire comme si le sujet était réglé. Écouter la dame qui répète « je veux rentrer chez moi » sans lui répondre machinalement « mais vous êtes chez vous ici ». Entendre ce que cette phrase dit de perte et de chagrin. Et donner des choix réels là où c'est possible : sa place à table, l'heure du coucher, la décoration de sa chambre. Ces petits choix ne remplacent pas le grand choix perdu, mais ils redonnent prise sur la vie.

Troisième idée : le sentiment d'inutilité. Le Comité le souligne : ne plus servir à rien, ne plus compter pour personne, c'est une des grandes souffrances du grand âge. Plus douloureuse parfois que les douleurs du corps. Or nos résidents restent des citoyens à part entière. Ils ont des opinions, du goût, du jugement, et quatre-vingts ans d'expérience à transmettre. Cette dame a tenu une ferme et élevé six enfants. Ce monsieur a été maire de son village. Quand on leur demande leur avis, pour de vrai, on les regarde, on ne s'occupe plus seulement d'eux. Demander à ce monsieur ce qu'il pense des travaux de la commune, c'est lui rendre sa place de citoyen : personne ne perd ses opinions en passant la porte d'un établissement.

Quatrième idée : ce qu'on peut faire, à notre échelle. D'abord, maintenir le lien entre le dedans et le dehors : la commune, l'école qui vient chanter, le marché où on emmène trois résidents, le bulletin municipal qu'on lit ensemble. Ensuite, faire compter leur parole pour de vrai : quand on consulte les résidents sur les menus ou sur la vie de la maison, que ça change vraiment quelque chose, sinon c'est de la façade et ils le sentent. Enfin, redonner des rôles : mettre la table, plier les serviettes, accueillir un nouveau résident, transmettre une recette à la cuisine, arroser les plantes du salon. Un rôle, même petit, c'est une place dans le monde. Et qui peut offrir ces rôles, au fil des journées ? Vous. Pas besoin d'un projet d'établissement pour demander à madame de goûter la vinaigrette.

Cinquième idée, la plus proche de nous : notre vocabulaire. Les mots façonnent le regard. Dire « la 12 » au lieu de madame Roux, dire « les déments », « les couchés », « les fugueurs », c'est déjà mettre à l'écart. Personne ne le fait par méchanceté : c'est la fatigue, l'habitude, le raccourci commode entre collègues. Mais un raccourci répété devient une façon de voir. Madame Roux a un prénom, une histoire, un caractère. « La 12 » n'a rien. Les mots sont le premier soin, et ils ne coûtent pas une minute de plus. Sur ce point, chacun de nous peut changer quelque chose dès ce soir, sans budget, sans réunion, sans autorisation.

Alors voilà la question pour nos dix minutes, et elle est un peu vertigineuse. Si notre établissement était un quartier de la ville, plutôt qu'un monde à part, qu'est-ce qui changerait dans nos journées ? Qu'est-ce qui entrerait ? Qu'est-ce qui sortirait ? Et par quoi pourrait-on commencer, nous, ici ?

C'est à vous.