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Séance 28 — La vulnérabilité : ce que les résidents nous donnent

Source : Travaux du Comité consultatif national d'éthique sur la vulnérabilité et l'éthique du soin — corpus éthique.

L'audio de la séance (4 min 27)
Télécharger le MP3 — utile si le réseau est faible dans l'unité.
La question de la séance :
Qu'est-ce qu'un résident vous a apporté, à vous ? Racontez.

Les 10 minutes, à l'essentiel

Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :

La trace : deux lignes dans le cahier de l'unité — date, thème, ce qu'on retient, qui transmet.  ·  Besoin d'un cadre plus détaillé ? Aide méthodologique

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Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui, un mot qu'on emploie sans arrêt dans nos métiers : la vulnérabilité. Les personnes vulnérables, les publics vulnérables. Le Comité consultatif national d'éthique, l'instance qui réfléchit aux grandes questions du soin, a beaucoup travaillé sur cette notion. Et ce qu'il en dit pourrait bien renverser notre façon de voir. Cinq idées, et une question qui vous concerne personnellement. Et rassurez-vous : pas de philosophie compliquée. Juste une autre façon de regarder ce qu'on vit déjà, tous les jours.

Première idée, le renversement. On présente souvent la vulnérabilité comme l'exception : il y aurait les gens normaux, solides, autonomes, et puis les vulnérables, les malades, les vieux, les handicapés. La réflexion éthique dit l'inverse : la vulnérabilité est la condition de tout être humain. Nous avons tous été des bébés entièrement dépendants. Nous tombons tous malades. Nous serons probablement tous, un jour, aidés pour manger ou pour marcher. Les résidents ne sont pas une autre catégorie d'humanité : ils nous montrent simplement ce que nous sommes, tous, derrière le décor. Ça change le regard : on ne se penche plus sur eux de haut, on se reconnaît en eux. Ce n'est plus « nous » et « eux » : c'est nous tous, à des moments différents du même chemin.

Deuxième idée : la vulnérabilité appelle la protection, mais protéger n'est pas déposséder. C'est la pente naturelle de la protection, et il faut la surveiller comme le lait sur le feu. Faire à la place, parce que c'est plus rapide : boutonner le gilet qu'elle aurait boutonné en trois minutes. Décider à la place : choisir sa tenue sans lui montrer les deux options. Parler à la place : répondre au médecin pour elle, alors qu'elle est là, dans le fauteuil. Aucun de ces gestes n'est méchant. Tous partent d'une bonne intention, ou d'un planning serré. Mais accumulés, ils dépossèdent la personne de sa vie. Protéger quelqu'un, c'est sécuriser ce qu'il ne peut plus faire, et défendre farouchement ce qu'il peut encore faire. Pendant la toilette, le repas, l'habillage, demandez-vous : qu'est-ce qu'il peut faire lui-même, même lentement, même imparfaitement ? Ce temps laissé n'est pas du temps perdu : c'est de l'autonomie entretenue.

Troisième idée, et c'est le cœur de cette séance : le soin est une relation, pas un acte à sens unique. On croit que ça va dans un seul sens : nous donnons, ils reçoivent. C'est faux, et vous le savez. Les résidents nous donnent. De la confiance, d'abord : se laisser laver par quelqu'un, c'est un acte de confiance immense. Des histoires, des leçons de courage : cette dame qui a perdu son mari, sa maison, sa mobilité, et qui trouve encore la force de plaisanter le matin. Et parfois une vraie affection. Qui, parmi nous, n'a jamais été consolé par un résident un jour de coup dur ? La main posée sur la vôtre, le « ça va, ma petite ? » qui tombe juste. Ce jour-là, qui soignait qui ? Recevoir, ce n'est pas un défaut de professionnalisme : c'est la preuve qu'une relation existe.

Quatrième idée : les professionnels aussi sont vulnérables. La fatigue, les émotions, les deuils répétés, les journées où le corps ne suit plus, les soirs où on ramène le travail à la maison. Le reconnaître n'est pas une faiblesse : c'est une compétence professionnelle. Dire à une collègue « je n'y arrive pas aujourd'hui, tu peux prendre la chambre 8 ? », demander de l'aide, accepter d'en parler, c'est ce qui permet de durer dans ce métier. Une équipe qui prend soin d'elle-même soigne mieux. Une équipe où chacun serre les dents en silence finit par craquer, et ce sont les résidents qui le sentent en premier.

Cinquième idée, pour finir en levant les yeux. On dit souvent qu'une société se juge à la place qu'elle fait aux plus vulnérables. C'est vrai aussi d'un établissement. Et alors, mesurez ce que ça veut dire : ce que vous faites chaque jour, la toilette respectueuse, le repas patient, la parole douce dans le couloir, ce n'est pas une petite tâche en bas de l'échelle. C'est le cœur exact de ce que notre société a de plus important. Les aides-soignantes, les agents de service, les aides médico-psychologiques travaillent là où l'humanité se joue pour de vrai. Personne d'autre ne le fait d'aussi près.

Alors voilà la question pour nos dix minutes, et pour une fois elle ne porte pas sur ce que vous donnez, mais sur ce que vous recevez. Qu'est-ce qu'un résident vous a apporté, à vous ? Une phrase, un geste, une leçon, un fou rire, un réconfort un jour difficile. Racontez. On a dix minutes, et je parie qu'elles vont passer vite.

C'est à vous.