15 minutes en équipe pour faire vivre les bonnes pratiques en EHPAD
Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :
Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui, on prend quinze minutes pour un sujet difficile, mais on va le prendre par le bon bout : la maltraitance. Pas pour faire peur, ni pour accuser qui que ce soit. Pour savoir la reconnaître, et savoir quoi faire. La Haute Autorité de Santé a publié des repères sur le repérage de la maltraitance et la conduite à tenir en établissement. Voici ce qu'il faut en retenir.
Première idée. Depuis 2021, il existe une définition partagée, la même pour tout le monde. La voici, en substance : il y a maltraitance quand un geste, une parole, une action, ou une absence d'action, compromet ou porte atteinte au développement, aux droits, aux besoins, à la santé ou à la dignité d'une personne en situation de vulnérabilité. Et le point capital, c'est la fin de la définition : que ce soit intentionnel ou non. On peut maltraiter sans le vouloir, sans même s'en rendre compte. Ce n'est pas une question de méchanceté. C'est une question de conséquences pour la personne.
Deuxième idée : les formes. La maltraitance physique, on la connaît. Mais il y a aussi la maltraitance psychique : les humiliations, l'infantilisation, parler à une dame de quatre-vingt-dix ans comme à une enfant, le tutoiement imposé qu'elle n'a jamais demandé. Il y a les négligences : laisser quelqu'un attendre trop longtemps, sauter ce qui devait être fait. Il y a la maltraitance financière, et la violation des droits : le courrier ouvert sans accord, les choix faits à la place de la personne. Et il faut le dire clairement : en établissement, la forme la plus fréquente, ce n'est pas le geste violent. Ce sont les négligences liées à l'organisation et aux habitudes. Celles que personne n'a décidées, mais que tout le monde finit par trouver normales.
Troisième idée : les signaux. Il y a ceux qu'on observe chez le résident : un changement de comportement, une peur soudaine quand quelqu'un approche, un repli, des marques que rien n'explique. Vous êtes les mieux placés pour les voir, parce que vous connaissez les personnes : vous savez quand madame n'est plus comme d'habitude. La dame bavarde qui ne parle plus. Le monsieur qui sursaute quand on le touche, alors qu'il ne le faisait pas avant. Aucun de ces signes ne prouve quoi que ce soit, à lui seul. Mais chacun mérite d'être remarqué, et dit. Mais il y a aussi des signaux à guetter de notre propre côté, dans nos pratiques sous tension. Les toilettes chronométrées les matins où il manque du monde. La parole qui devient brusque en fin de journée, quand on est épuisé. Le plateau posé devant quelqu'un qu'on n'a pas le temps d'aider à manger. Quand l'organisation craque, le risque monte. Le voir, le dire, c'est déjà protéger les résidents.
Quatrième idée, et c'est la plus importante de cette séance : parler d'un doute, ce n'est pas accuser. C'est une question, pas un verdict. Dire à son cadre : j'ai vu quelque chose qui m'interroge, je ne suis pas sûre, ce n'est pas dénoncer un collègue. C'est permettre qu'on regarde la situation. Signaler protège le résident, évidemment. Mais ça protège aussi le collègue : si le doute est levé, tant mieux, et s'il y avait un vrai problème, on l'arrête avant qu'il ne s'aggrave. Et retenez ceci : le professionnel qui signale de bonne foi ce qu'il a constaté est protégé par la loi. On ne peut pas vous le reprocher. Le vrai risque, ce n'est pas de parler. C'est de se taire, et de laisser durer.
Cinquième idée : à qui le dire. D'abord, votre cadre, ou la direction. Il existe des procédures internes dans l'établissement : elles sont faites pour ça, pour que personne ne porte un doute tout seul. Et il existe aussi un numéro national, le 39 77, ouvert à tous : les résidents, les familles, et les professionnels. L'essentiel, c'est qu'un doute ne reste jamais dans une seule tête. Une inquiétude qu'on garde pour soi, elle pèse, elle ronge, et elle ne protège personne. Une inquiétude qu'on partage, elle devient une vigilance d'équipe.
Au fond, une équipe où l'on peut dire ses doutes à voix haute, c'est une équipe sûre. Pour les résidents d'abord. Et pour chacun de vous aussi. Parce que personne n'est à l'abri d'un jour de fatigue, d'un mot trop sec, d'un geste trop rapide. Une équipe qui en parle se corrige. Une équipe qui se tait s'enfonce. Le silence n'a jamais protégé personne, à part les situations qu'il ne fallait pas protéger.
Alors voilà la question pour nos dix minutes. Elle ne porte pas sur les autres, elle porte sur nous : qu'est-ce qui, chez nous, rend facile, ou difficile, de dire un doute ? Qu'est-ce qui aide à parler, et qu'est-ce qui retient ?
C'est à vous.