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Séance 06 — La charte des droits et libertés : douze articles affichés, combien vécus ?

Source : Charte des droits et libertés de la personne accueillie (arrêté du 8 septembre 2003), corpus éthique.

L'audio de la séance (4 min 16)
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La question de la séance :
Quel article de la charte vit le mieux chez nous ? Lequel est le plus bousculé par le quotidien ?

Les 10 minutes, à l'essentiel

Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :

La trace : deux lignes dans le cahier de l'unité — date, thème, ce qu'on retient, qui transmet.  ·  Besoin d'un cadre plus détaillé ? Aide méthodologique

Lire le texte de l'audio

Bonjour à toutes et à tous. Quinze minutes ensemble. Aujourd'hui, on parle d'un document que vous croisez tous les jours sans le voir : la charte des droits et libertés de la personne accueillie. Elle est affichée dans le hall, dans les couloirs, dans le livret d'accueil. Mais soyons honnêtes : qui l'a vraiment lue ? Cette charte découle de la grande loi de 2002 sur les droits des personnes accueillies. Elle énonce douze droits. Douze articles affichés au mur. La vraie question, c'est : combien sont vécus dans les chambres et les couloirs ? On va en parcourir quelques-uns, ceux qui se jouent chaque jour, entre vos mains.

Premier droit : le libre choix et le consentement. C'est l'article quatre de la charte. La personne participe aux décisions qui la concernent, et son consentement est recherché. Concrètement : on lui demande, on ne décide pas pour elle. L'exemple du quotidien, c'est le matin, devant l'armoire. On peut demander à madame ce qu'elle veut porter aujourd'hui. Et le contre-exemple involontaire, on le connaît tous : on choisit les vêtements à sa place, parce qu'on est pressé, parce que ça ira plus vite. Personne ne pense mal faire. Mais ce matin-là, madame n'a rien choisi de sa journée.

Deuxième droit : la vie privée et l'intimité. Retenez une phrase, elle change tout : la chambre est un domicile. Ce n'est pas une pièce de l'établissement, c'est chez la personne. Alors on frappe. Et surtout, on attend. Frapper et entrer dans la même seconde, ce n'est pas frapper, c'est prévenir qu'on entre. Le contre-exemple, on l'a tous fait un jour de bousculade : pousser la porte sans attendre, parce qu'on a vingt choses à faire. Vu de l'intérieur, quelqu'un vient d'entrer chez vous sans votre accord. L'intimité, c'est aussi la pudeur pendant la toilette : la porte fermée, le corps couvert quand on peut, les gestes annoncés. Et c'est encore ce qui se dit, ou ne se dit pas, dans le couloir : ce qu'on apprend sur une personne pendant un soin ne se raconte pas à voix haute devant les autres.

Troisième droit : le maintien des liens familiaux. La personne a le droit de garder ses liens avec les siens. Concrètement, ça passe par l'accueil qu'on fait aux visites. Un bonjour chaleureux à la fille qui vient chaque mardi, un mot sur la journée de sa maman, une chaise qu'on approche. Le contre-exemple involontaire : une famille qu'on croise dans le couloir sans un regard, parce qu'on est dans nos tâches. La famille fait partie de la vie de la personne. L'accueillir, c'est déjà accompagner.

Quatrième droit : la pratique religieuse. La personne a le droit de croire, de pratiquer, ou de ne pas croire. Concrètement : madame veut aller à la messe le dimanche, on fait en sorte que ce soit possible. Monsieur ne mange pas certains plats, on le respecte sans commentaire. Ce sont des choses qui comptent énormément à la fin d'une vie, parfois plus qu'avant. Le contre-exemple involontaire, c'est la remarque qui échappe, le petit jugement sur une pratique qu'on ne partage pas. Chez la personne, ça ne se discute pas : c'est son droit.

Cinquième droit, et il les résume tous : le respect de la dignité, en toutes circonstances. En toutes circonstances, ça veut dire aussi quand la personne ne peut plus parler, plus se défendre, plus dire merci. La façon de parler à quelqu'un pendant un change, la façon de parler de quelqu'un entre nous dans le couloir : la dignité se joue là, dans des moments sans témoin.

Dernière idée, et elle est importante : cette charte n'est pas une contrainte de plus, une liste de pièges pour prendre les professionnels en faute. C'est exactement l'inverse. Elle décrit ce qu'est un accompagnement digne. Elle dit, noir sur blanc, ce que vous faites déjà de mieux dans vos journées. Et elle vous protège aussi : quand une famille exige quelque chose de contraire aux souhaits de la personne, quand on vous demande d'aller vite au détriment de quelqu'un, la charte vous donne un cadre clair sur lequel vous appuyer. Ce ne sont pas vos préférences personnelles : ce sont les droits de la personne. Aides-soignantes, agents de service, aides médico-psychologiques : c'est dans vos gestes de chaque jour que ces douze articles existent, ou n'existent pas. Une charte au mur ne protège personne. Une charte dans les gestes protège tout le monde.

Alors voilà la question pour nos dix minutes. Elle a deux faces. Quel article de la charte vit le mieux chez nous, celui dont on peut être fiers ? Et lequel est le plus bousculé par le quotidien, celui qu'on abîme sans le vouloir, les jours de course ?

C'est à vous.