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Séance 07 — Le questionnement éthique : quand deux bonnes raisons se cognent

Source : Anesm (devenue HAS), RBPP « Le questionnement éthique dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux », 2010.

L'audio de la séance (4 min 31)
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La question de la séance :
Quelle situation actuelle mériterait qu'on s'assoie dix minutes pour en parler tous ensemble ?

Les 10 minutes, à l'essentiel

Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :

La trace : deux lignes dans le cahier de l'unité — date, thème, ce qu'on retient, qui transmet.  ·  Besoin d'un cadre plus détaillé ? Aide méthodologique

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Bonjour à toutes et à tous. Quinze minutes ensemble. Aujourd'hui, un mot qui peut impressionner : l'éthique. On l'imagine réservé aux philosophes, aux médecins, aux comités. Détrompez-vous. Il existe une recommandation de bonnes pratiques entièrement consacrée au questionnement éthique dans les établissements comme les nôtres. Et ce qu'elle décrit, vous le vivez toutes les semaines. Voici l'essentiel.

Première idée : qu'est-ce que l'éthique, au juste ? Ce n'est pas le règlement : le règlement dit ce qui est permis ou interdit. Ce n'est pas non plus la morale personnelle : chacun a la sienne, ses convictions, son éducation. L'éthique, c'est autre chose. C'est la réflexion qu'on mène ensemble quand deux valeurs légitimes entrent en conflit. Deux bonnes raisons qui se cognent. Quand une situation nous met mal à l'aise et qu'aucune règle ne donne la réponse, c'est là que l'éthique commence. Ce malaise que vous ressentez parfois en sortant d'une chambre, sans savoir le nommer : souvent, c'est exactement ça. Une question éthique qui frappe à la porte.

Deuxième idée : à quoi ça ressemble, chez nous ? Trois exemples. Madame veut sortir se promener seule, comme elle l'a fait toute sa vie. Mais elle se perd, et elle est déjà tombée. La laisser sortir, c'est respecter sa liberté. La retenir, c'est protéger sa sécurité. Deux bonnes raisons, qui se cognent. Autre exemple : monsieur refuse la douche, encore cette semaine. Respecter sa volonté, c'est son droit. Mais il y a l'hygiène, son confort, et la vie collective, les voisins de table. Encore deux bonnes raisons. Troisième exemple : une dame très fragile demande des nouvelles de son mari, qui vient de mourir. Lui dire toute la vérité, et raviver le choc à chaque fois ? Ou ne pas tout dire, et trahir un peu la confiance ? Dans les trois cas, il n'y a pas de bonne réponse évidente. Si c'était simple, ce ne serait pas de l'éthique. Et remarquez une chose : dans chacune de ces situations, celui qui est en première ligne, celui qui doit répondre quelque chose, tout de suite, dans la chambre ou dans le couloir, ce n'est pas un comité. C'est vous.

Troisième idée : comment on s'y prend ? La recommandation décrit une démarche, et elle tient en quatre temps. D'abord, poser le dilemme : nommer clairement les deux valeurs qui se cognent, au lieu de garder le malaise pour soi. Ensuite, croiser les regards : tous les métiers autour de la table, parce que chacun voit un morceau différent de la personne. Celui qui fait la chambre ne voit pas la même chose que celui qui fait le soin, et les deux ont raison. Puis, décider. Mais attention : décider pour cette situation précise, pour cette personne, à ce moment précis. Pas une règle générale pour tous les refus de douche. Une réponse pour monsieur, maintenant. Enfin, réévaluer : la situation change, la personne change, la réponse d'hier n'est pas forcément celle de demain. Il n'y a pas de réponse toute faite, et c'est justement pour ça qu'on réfléchit ensemble.

Quatrième idée, et elle vous concerne directement : le questionnement éthique n'est pas réservé aux médecins, ni aux cadres, ni aux comités. La recommandation insiste : la question peut venir de n'importe quel professionnel. L'agent de service qui remarque, en faisant la chambre, que madame pleure tous les matins après le passage de sa famille, il tient peut-être le début d'une vraie question d'équipe. L'aide-soignante qui se sent mal à l'aise de forcer un peu la main pour un soin, son malaise est une information précieuse. L'ASH a une voix. L'AMP a une voix. Votre proximité avec les résidents fait de vous des sentinelles. Ce que vous voyez, personne d'autre ne le voit.

Cinquième idée, pour finir. Une équipe qui se pose des questions, ce n'est pas une équipe qui doute de tout, ni une équipe faible. C'est l'inverse. C'est une équipe qui accompagne des personnes, pas des procédures. Les personnes sont uniques, changeantes, parfois contradictoires : c'est bien pour ça qu'aucune procédure ne suffira jamais. Le jour où plus personne ne se pose de questions, c'est le jour où il faut s'inquiéter. Et il y a un bénéfice très concret à en parler ensemble : la décision prise à plusieurs, on la porte à plusieurs. Celui qui a dû dire non à madame pour la sortie ne porte plus ce non tout seul. C'est l'équipe qui l'a réfléchi, c'est l'équipe qui l'assume. Ça change tout, les jours où c'est lourd.

Alors voilà la question pour nos dix minutes. Quelle situation actuelle, chez nous, mériterait qu'on s'assoie dix minutes pour en parler tous ensemble ? Une situation qui vous met mal à l'aise, où deux bonnes raisons se cognent, et qu'on porte chacun dans son coin sans jamais la poser sur la table.

C'est à vous.