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Séance 20 — Le médicament : tout le monde fait partie du circuit

Source : HAS, « Outils de sécurisation et d'autoévaluation de l'administration des médicaments » et travaux sur le risque médicamenteux en établissement, 2020.

L'audio de la séance (4 min 31)
Télécharger le MP3 — utile si le réseau est faible dans l'unité.
La question de la séance :
Qui a déjà rattrapé une erreur ou un oubli de médicament ? Qu'est-ce qui a permis de l'attraper à temps ?

Les 10 minutes, à l'essentiel

Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :

La trace : deux lignes dans le cahier de l'unité — date, thème, ce qu'on retient, qui transmet.  ·  Besoin d'un cadre plus détaillé ? Aide méthodologique

Lire le texte de l'audio

Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui, quinze minutes pour parler de quelque chose qu'on croise tous les jours sans toujours le regarder : le médicament. Vous allez peut-être penser : le médicament, c'est l'affaire de l'infirmière. Justement, non. La Haute Autorité de Santé a beaucoup travaillé sur la sécurité du médicament en établissement, et son message tient en une phrase : tout le monde fait partie du circuit. Y compris vous. Y compris le résident lui-même.

Première idée : nos résidents sont particulièrement exposés. Les personnes âgées prennent souvent beaucoup de médicaments, plusieurs fois par jour, prescrits parfois par plusieurs médecins. Plus il y a de médicaments, plus le risque d'erreur ou d'effet indésirable augmente. Et le circuit du médicament, c'est une chaîne : la prescription, la préparation, la distribution, la prise, puis la surveillance. Chaque maillon compte. L'infirmière en porte une grande partie, mais elle ne peut pas tout voir. Vous, vous êtes là au moment du repas, de la toilette, du coucher. Vous voyez ce que personne d'autre ne voit. L'ASH qui fait la chambre, l'AS qui aide au repas, l'AMP qui accompagne l'après-midi : chacun de vous est un maillon de cette chaîne. Un maillon qui voit.

Deuxième idée : ce que le terrain voit en premier. Le comprimé retrouvé par terre en faisant le ménage de la chambre. Le cachet caché dans la serviette ou laissé au bord de l'assiette. Le résident qui recrache, ou qui fait une fausse route en avalant. La somnolence inhabituelle : la dame qui dort au milieu du repas alors qu'elle est d'habitude bien réveillée. La chute, aussi. Une chute peut être un effet de traitement : un médicament qui fait baisser la tension, ou qui endort trop. Tous ces signaux sont des informations précieuses. Si vous les voyez et que vous les transmettez, le médecin et l'infirmière peuvent agir. Si vous les voyez et que vous les gardez pour vous, personne ne saura jamais. Votre regard fait partie de la sécurité du traitement.

Troisième idée : les gestes interdits sans avis. Il y a une tentation bien connue, devant un résident qui n'arrive pas à avaler : écraser le comprimé, ouvrir la gélule, mélanger le tout au yaourt ou à la compote. Attention. Certains médicaments perdent leur effet quand on les écrase. D'autres deviennent dangereux : ils libèrent tout d'un coup ce qui devait se libérer lentement, ou ils irritent. Ce geste qui part d'une bonne intention peut faire du mal. La règle est simple : on ne modifie jamais la forme d'un médicament sans validation. En cas de difficulté à avaler, on le dit à l'infirmière, qui vérifie, et le médecin peut souvent prescrire autre chose, une forme buvable par exemple. Demander avant, toujours.

Quatrième idée : la culture du signalement. Signaler un incident, ou même une presque-erreur, quelque chose de rattrapé de justesse, ce n'est pas dénoncer un collègue. C'est chercher la faille du système. Parce que derrière la plupart des erreurs, il n'y a pas un professionnel négligent : il y a une organisation piégeuse. L'interruption pendant la distribution : on vous appelle, on vous pose une question, et le fil se perd. Le pilulier difficile à lire. Deux résidents qui portent le même nom de famille dans la même unité. Si on en parle, on peut corriger : protéger le moment de la distribution, clarifier les piluliers, ajouter une photo sur le dossier. Chaque signalement protège le résident suivant. Le silence, lui, garantit que la même erreur reviendra. Et rappelez-vous : quand quelque chose vous a semblé bizarre et que finalement tout allait bien, vous n'avez pas dérangé pour rien. Un doute exprimé pour rien vaut toujours mieux qu'une erreur passée sous silence.

Cinquième idée : le résident aussi fait partie du circuit. Il a le droit de comprendre son traitement, de savoir à quoi sert ce qu'il avale, et de poser des questions. Et sa parole a de la valeur. « Ce cachet n'est pas comme d'habitude. » « Le bleu, je le prends le soir, pas le matin. » Ce genre de remarque a déjà évité des erreurs. Alors quand un résident s'étonne, on ne balaie pas d'un « prenez, c'est le médecin qui l'a dit ». On s'arrête, on vérifie, on fait vérifier. Un résident qui connaît son traitement, c'est un maillon de sécurité de plus dans la chaîne. Et ça se cultive, dans la façon dont on accueille ses questions.

Alors voilà la question pour nos dix minutes. Qui, parmi nous, a déjà rattrapé une erreur ou un oubli de médicament ? Un comprimé par terre, une somnolence bizarre, un doute signalé à temps. Racontez. Et surtout : qu'est-ce qui a permis de l'attraper à temps ?

C'est à vous.