15 minutes en équipe pour faire vivre les bonnes pratiques en EHPAD
Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :
Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui, quinze minutes pour un sujet délicat. On parle souvent de la maltraitance en établissement, et c'est normal : on doit être exigeants avec nous-mêmes. Mais la Haute Autorité de Santé a publié en 2024 un travail sur une autre réalité, plus difficile encore à regarder en face : la maltraitance qui vient des proches. De la famille. De ceux qui sont censés aimer. Ce n'est pas confortable à entendre. Mais nos résidents ont besoin qu'on sache le voir.
Première idée : la maltraitance ne vient pas que des institutions. Elle peut venir d'un fils, d'une fille, d'un conjoint, d'un neveu. Pas forcément par cruauté. Il y a l'épuisement de l'aidant qui a tenu des années à bout de bras, et qui a fini par déborder. Les vieux conflits familiaux qui ressurgissent quand la personne devient fragile. L'emprise installée de longue date, bien avant l'entrée en établissement. Et l'argent, qui abîme tant de familles. Il faut le savoir : l'entrée en établissement ne fait pas toujours cesser la maltraitance. Elle continue parfois dans la chambre, au téléphone, dans les papiers qu'on fait signer.
Deuxième idée : ce qu'on peut croiser, concrètement. Des visites après lesquelles le résident est abattu, ou au contraire agité pendant des heures. Des pressions pour signer des papiers : une procuration, un chéquier, la vente de la maison. Un proche qui décide de tout, qui répond à la place de la personne, qui lui coupe la parole et la fait taire d'un regard. De l'argent qui disparaît, des objets, des bijoux. Des paroles humiliantes qu'on entend depuis le couloir, en passant devant la chambre. Aucun de ces signes, pris isolément, ne prouve quoi que ce soit. Mais aucun ne doit être ignoré.
Troisième idée : les signes côté résident. Parce que souvent, la personne ne dira rien. La honte empêche de parler. La peur aussi. Et l'amour, parce qu'on n'accuse pas son enfant. Alors le corps et le comportement parlent à sa place. La peur avant une visite : la dame qui s'agite le mardi matin, parce que le mardi après-midi, il vient. Le soulagement visible après un départ. Une tristesse inhabituelle, un repli, un appétit qui se coupe. Et ces demandes étranges, glissées pendant la toilette : « ne dites pas à mon fils qu'il me reste un peu d'argent », « ne lui dites pas que je vous ai parlé ». Vous êtes les mieux placés pour percevoir ces signaux. Parce que c'est à vous, pendant la toilette, le repas, le ménage de la chambre, qu'on confie ce qu'on ne dit à personne d'autre. Cette confiance-là ne se commande pas. Elle se gagne, jour après jour, dans vos gestes. Et elle fait de vous des sentinelles irremplaçables.
Quatrième idée : la posture juste. Deux pièges à éviter. Le premier : juger la famille. On ne connaît jamais toute l'histoire. L'épuisement, les blessures anciennes, les relations compliquées sont réels, et notre rôle n'est pas de distribuer les bons et les mauvais points. Le deuxième piège : enquêter soi-même. Interroger le résident comme un policier, confronter le proche, fouiller. Ce n'est pas notre rôle, et ça peut aggraver les choses. La posture juste tient en trois mots : observer, noter, transmettre. Noter les faits précis : ce qu'on a vu, ce qu'on a entendu, quand, dans quelles circonstances. Des faits, pas des interprétations. Transmettre au cadre, à la psychologue. Tracer dans le dossier. C'est cette trace, patiente et précise, qui permet ensuite de protéger. Une phrase notée mot pour mot, avec la date, vaut mieux que dix impressions vagues. Et si vous ne savez pas quoi faire de ce que vous avez vu, dites-le quand même : mieux vaut transmettre un doute que garder un silence.
Cinquième idée : le résident reste maître de ses relations. C'est sa famille, c'est sa vie, ce sont ses liens. On protège sans confisquer. On ne décide pas à sa place de couper les ponts, on ne filtre pas ses visites de notre propre initiative. Même abîmée, une relation familiale reste souvent précieuse pour la personne, et c'est elle qui choisit. Sauf danger caractérisé : là, ce n'est plus une affaire d'appréciation personnelle, ce sont les procédures de signalement qui prennent le relais, portées par la direction. Mais ce niveau-là ne repose pas sur vos épaules. Votre part à vous, c'est l'observation et la transmission. Et sans elle, rien ne se déclenche.
Alors voilà la question pour nos dix minutes. Avons-nous déjà ressenti un malaise après une visite ? Quelque chose qui clochait, sans qu'on puisse mettre le doigt dessus. Qu'est-ce qu'on en a fait, à l'époque ? Et qu'aurait-on dû en faire ?
C'est à vous.