15 minutes en équipe pour faire vivre les bonnes pratiques en EHPAD
Partez d'un résident que toute l'équipe connaît. Posez la question de la séance. Laissez parler — l'animateur écoute, note, relance. Trois repères seulement :
Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui, quinze minutes pour un mot un peu compliqué qui dit une chose toute simple : l'autodétermination. C'est le fil rouge des recommandations les plus récentes de la Haute Autorité de Santé, qui y a consacré deux textes, en 2022 et en 2025. Et derrière ce grand mot, il y a une idée qui concerne chacun de vos gestes, chaque jour.
Première idée : qu'est-ce que ça veut dire, au fond ? L'autodétermination, c'est être l'acteur principal de sa propre vie. Décider pour soi, autant que possible, avec de l'aide s'il le faut. Et la nuance est importante : ce n'est pas seulement « participer ». Participer, ça peut vouloir dire être présent pendant que d'autres décident, ou donner son avis sur ce qui a déjà été choisi. L'autodétermination va plus loin : la personne décide, et nous, nous l'aidons à décider. Nos établissements existent pour soutenir des vies, pas pour les organiser à la place des gens. Et ça vaut pour tout le monde : toute personne accueillie en EHPAD, quel que soit son niveau de dépendance. Même très dépendant, on peut encore décider des choses. À condition qu'on nous y aide.
Deuxième idée : la différence entre choix proposé et vrai choix. On croit souvent donner le choix. « Vous préférez la compote ou le flan ? » Mais si la personne n'aime ni l'un ni l'autre, choisir entre deux desserts qu'on n'aime pas, ce n'est pas choisir. Un vrai choix suppose trois choses. Des options réelles, d'abord : pas deux variantes de la même chose. De l'information compréhensible, ensuite : expliquer avec des mots simples, montrer, faire toucher, laisser le temps de la réflexion. Et le droit de refuser les deux, enfin. Dire non, c'est aussi un choix. La personne qui refuse la douche ce matin exerce un droit. Notre travail, c'est de comprendre pourquoi et de proposer autrement, ou plus tard. Pas de forcer.
Troisième idée : faire avec, pas à la place. C'est peut-être la phrase la plus importante de la séance. Habiller quelqu'un en cinq minutes, ou l'aider à s'habiller lui-même en quinze : ce n'est pas le même métier. Le premier, c'est de la manutention. Le second, c'est de l'accompagnement. Oui, faire avec, c'est plus long. Oui, le matin, le temps manque, et personne ne dit le contraire. Mais il faut le savoir : chaque geste fait à la place de quelqu'un qui aurait pu le faire est une petite perte d'autonomie. La main qui ne boutonne plus oublie comment on boutonne. La personne qu'on n'attend plus n'essaie plus. Mis bout à bout, jour après jour, ces gestes pressés fabriquent de la dépendance. Et à l'inverse, chaque geste qu'on laisse faire entretient une capacité. Se laver le visage, beurrer sa tartine, choisir sa place : autant de territoires qu'on préserve, ou qu'on grignote.
Quatrième idée : le droit au risque. Décider pour soi, c'est aussi pouvoir se tromper. Expérimenter, échouer, recommencer : ça fait partie d'une vie d'adulte. On parle de la dignité du risque. Une vie où tout est verrouillé pour vous éviter le moindre échec, ce n'est plus tout à fait une vie d'adulte. Protéger n'est pas empêcher de vivre. Le résident qui veut marcher jusqu'au portail, celui qui veut essayer une activité nouvelle, celle qui veut garder la gestion de son argent de poche : oui, ils peuvent se tromper. Et alors ? Nous aussi. Le droit à l'erreur ne s'arrête pas aux portes de l'établissement. Bien sûr, le risque se réfléchit : on en parle en équipe, on accompagne, on sécurise ce qui peut l'être. Mais on ne supprime pas la vie pour supprimer le risque.
Cinquième idée : tout ça se joue dans les micro-choix du quotidien. Les grandes décisions, le projet personnalisé, le lieu de vie, comptent, bien sûr. Mais l'école de l'autodétermination, c'est le quotidien. Quel vêtement ce matin ? Ce pull ou celui-là, montrés, pas seulement nommés. Le menu. L'horaire de la douche. Participer à l'animation, ou pas. S'asseoir là, ou ailleurs. Ces micro-choix, c'est vous qui les ouvrez ou qui les fermez, des dizaines de fois par jour, dans vos gestes. C'est là que ça se joue d'abord. Et c'est pour ça que vous, les AS, les ASH, les AMP, vous êtes les premiers acteurs de l'autodétermination des résidents. Pas les documents, pas les réunions : vous, dans la chambre, au repas, dans le couloir.
Alors voilà la question pour nos dix minutes. Soyons honnêtes, sans culpabilité, parce qu'on le fait tous. Quelle décision avons-nous prise cette semaine à la place d'un résident qui aurait pu la prendre lui-même ? Et qu'est-ce qui nous a poussés à le faire ?
C'est à vous.